Lucile, femmes du Chili http://chili.blog.pelerin.info Lauréate de la bourse Pèlerin donne des ailes à des jeunes 2009 Thu, 07 Aug 2014 15:54:02 +0000 fr-FR hourly 1 http://wordpress.org/?v=3.6 J’y suis, j’y reste ! http://chili.blog.pelerin.info/jy-suis-jy-reste/ http://chili.blog.pelerin.info/jy-suis-jy-reste/#comments Tue, 26 Jan 2010 18:45:46 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=1307 j'y suis, j'y reste!

Comme une bonne surprise. Comme un saut d’une falaise vers la mer. Comme un soleil rougeoyant. Il y a de la peur et des sourires fébriles. Je saute à pieds joints dans une nouvelle vie. Le retour a sonné. Quatre mois de route et d’escales. Des gens, beaucoup, des montagnes, des lacs et des déserts. Et le coeur qui tremble. Je pars. Mais je vais revenir. A la fin février, je reviendrai sur cette bande de terre chaude et pluvieuse. Serrer ces gens qui me sourient. Pour être journaliste, pour de vrai cette fois-ci! Un mois en France et me voilà repartie! Mmmmm… merci.

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Ces visages qui ont accompagné mon voyage http://chili.blog.pelerin.info/ces-visages-qui-ont-accompagne-mon-voyage/ http://chili.blog.pelerin.info/ces-visages-qui-ont-accompagne-mon-voyage/#comments Sun, 24 Jan 2010 13:23:57 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=1276 visages voyage

Pour finir ce voyage, il faut bien que je vous montre un peu l’envers du décor.

Ces visages, ces sourires. Ceux qui m’ont accompagnée sur la route, accueillie dans leur maison et qui font ma vie ici, à Valparaiso, Santiago, et maintenant au Sud et au Nord. Il en manque, c’est sûr, mais voilà quelques uns de secrets qui me font aimer cette terre et vouloir y rester.

Ale et Gerardo, à Santiago.

Lucho et toute sa famille, à Talagante, au sud de Santiago.

Lucho et toute sa famille, à Talagante, près de Santiago.

Valparaiso. La tia Edita, Sonia et mon amie Ruth.

Valparaiso. La tia Edita, Sonia et mon amie Ruth.

Andres et Maria Paz, à La Serena. Ma guide dans la vallée de l'Elqui.

Andres et Maria Paz, à La Serena. Ma guide dans la vallée de l’Elqui.

Les meilleurs. La famille Gonzalez Piña, à Copiapo.

Les meilleurs. La famille Gonzalez Piña, Mariela, Tebi et Hector, à Copiapo.

Luis (le père de Rodolfo), sa femme Patricia et son fils Javier. Arica. Extrême Nord.

Luis (le père de Rodolfo), sa femme Patricia et son fils Javier. Arica. Extrême Nord.

Cap vers le Sud. Linarés, avec Sofia et sa copine kin

Cap vers le Sud. Linares, avec Sofia et sa copine kiné.

Mes amis Mapuche, Adela et Ramon. Temuco.

Mes amis Mapuche, Adela et Ramon. Temuco.

Valdivia. La pluie, le feu dans la cheminée. Catalina, Lucas et Dany ou l'énergie immaîtrisable.

Valdivia. La pluie, le feu dans la cheminée. Catalina, Lucas et Dany ou l’énergie immaîtrisable.

Fernando, au lac de Puyehue, Osorno.

Fernando, au lac de Puyehue, Osorno.

Ramon, le vin rouge chilien, les barbecue et une perruque rouge. Viña del Mar. Région centrale

Mon ami Ramon, le vin rouge chilien, les barbecue et une perruque rouge. Viña del Mar. Région centrale.

Romi, le thé et les retrouvailles. San Antonio, Ve Region.

Romi, le thé et les retrouvailles. San Antonio, Ve Region.

Eduardito et Andrea, toujours prêts pour un bon poisson grillé. Valparaiso.

Eduardito et Andrea, toujours prêts pour un bon poisson grillé. Valparaiso.

Les incontournables, Lucho, Dani et Bego. Toujours là. Valparaiso.

]]> http://chili.blog.pelerin.info/ces-visages-qui-ont-accompagne-mon-voyage/feed/ 0 Victoria Hölck, forteresse rieuse http://chili.blog.pelerin.info/victoria-holck-forteresse-rieuse/ http://chili.blog.pelerin.info/victoria-holck-forteresse-rieuse/#comments Fri, 22 Jan 2010 08:44:05 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=970

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A 25 ans, Victoria Hölck, dite «Viky», est une jeune femme entière, sans pudeur.

Une étudiante fêtarde qui rit, blague et s’assume.

Parce que la vie lui a déjà donné des coups.

Et parce qu’au fond, «à part la mort, rien n’est grave».

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La fin d’après-midi est pluvieuse ce jour-là à Osorno. Les nuages n’ont pas délaissé le ciel et la pluie tombe par intermittence. Il fait froid même. Et humide, comme toujours à Osorno et dans la Région des lacs.

Viky m’a donné rendez-vous devant le Terminal de bus, là où les marchands vendent des journaux et des tonnes de friandises sucrées et salées. Sur la route, les bus surfent sur les flaques, les colectivos[1] klaxonnent et bifurquent sans crier gare. J’attends dans mon anorak bien fermé.

Victoria Hölck, alias «Viky» comme la surnomment ses amis, est une amie d’amis. Une fille «buena para la talla»[2], une fille qui «a vécu pas mal de choses» et «parlera sans crainte ni gêne». J’ai hâte de la rencontrer, et un peu froid sur le trottoir.

La voilà! Pantalon blanc, veste courte en cuir noir et sac en bandoulière. Viky a le style étudiant et de longues boucles châtains qui descendent sur ses épaules. Elle enlève ses lunettes pour me dire bonjour.

Sa joue et sa bise sont fermes et son sourire sympa. On file s’abriter à l’intérieur de sa fac. Au premier étage, à côté de l’escalier, le long de grandes fenêtres qui arrosent des bancs d’une grosse lumière blanche, elle s’installe.

«- Il y a du monde ici. Tu ne veux pas aller ailleurs?, lui demandè-je.

- Oh, peu importe. Ca m’est égal qu’ils entendent.»


Des Allemands «trop carrés».

Victoria Hölck est née il y a 25 ans à Pichi Damas, dans la campagne à côté d’Osorno. «Au milieu des rivières, des champs et des animaux!», rit-elle.

Une enfance «super belle, libre». «Je me promenais pieds nus, toute nue parfois. Je grimpais aux arbres, faisais des bêtises, inventais des jeux…», se souvient-elle. Les pieds dans la terre humide, la fillette fait la récolte, chasse les araignées et observe comment on castre les veaux.

Son père est agriculteur. Il possède près de 100 hectares et fait vivre la famille aisément. «On vivait tous les quatre avec mon père, ma mère et mon frère», raconte Viky.

La famille a aussi du personnel. «De 3 à 5 personnes, selon la saison». Et Viky et son frère jouent avec les enfants des employés.

Victoria s’appelle Hölck à cause de ses grands-parents. Elle ne sait pas trop pourquoi, mais les parents de son père et beaucoup d’autres membres de sa famille sont des Allemands venus s’installer au Chili il y a deux générations. Un phénomène fréquent dans la région d’Osorno et de Valdivia[3].

«La famille de mon père est allemande, mais moi je suis hyper chilienne!», précise-t-elle. J’ai l’air interloquée.

«Je ne m’entends pas très bien avec mon côté allemand. Mes grands-parents allemands et leurs proches ne sont pas très spontanés, pas très affectueux. Ils sont très carrés, pensent avant tout au travail et à l’argent. Moi, j’aime prendre du bon temps

Victoria ne s’entend pas mieux avec son frère Daniel, de 5 ans son aîné.

«Quand on était petits, Daniel a toujours préféré passer ses journées enfermé avec son ordinateur, à manger et regarder la télé. Aujourd’hui, il sort plus mais sa vie reste bien rangée. Il sort pour dîner ou faire une promenade. Tandis que moi je sors pour faire la fête, fumer et voir des amis

«Grand, châtain, aux yeux verts, Daniel est super allemand et moi super latine!», conclut Viky, assise sur le banc de sa fac de tourisme.

«Nous, les latinos, sommes plus affectueux. Nous aimons partager et aider ceux que nous aimons sans qu’ils le demandent. Rendre visite aux amis, faire des surprises, s’amuser, c’est très important pour nous.»

Dire du bien de quelqu’un de gauche.

A l’âge d’entrer à l’école, Victoria n’échappe pas à sa destinée de descendant d’Allemands fortunés. Elle part étudier à l’école allemande d’Osorno et doit rester à l’internat. L’institution privée est «le premier collège allemand fondé au Chili (en 1854) et un très bon établissement», reconnaît-elle.

Mais les valeurs qui y sont prônées l’exècrent. «La direction et les professeurs promouvaient des valeurs de droite. Pas question d’être affectueux. La compétition et l’argent étaient rois. On nous apprenait à faire mieux que l’autre, mais pas à le considérer.»

Elle poursuit: «Les professeurs ne s’intéressaient pas à nous. On ne pouvait pas donner d’opinions politiques et encore moins dire du bien de quelqu’un de gauche. Et en histoire, les leçons évitaient la période de la dictature et le gouvernement socialiste de Salvador Allende

Résultat: à l’adolescence, Victoria Hölck se rebelle. Et entre en conflit avec son professeur d’allemand.

«Un jour, on s’est tellement disputé que le prof m’a dit: tu sais, les portes de ce collège sont ouvertes. Si tu veux partir…»

Viky prend l’option au sérieux. Elle quitte le collège allemand.

«Je ne me sentais pas bien au milieu de tous ces fils de riches familles de droite. Mes parents ont toujours été conservateurs mais ils n’étaient pas égoïstes. Ils partageaient et aidaient les autres.»

Victoria atterrit donc dans l’autre collège renommé d’Osorno, celui tenu par les francs-maçons.

«Là, les profs jouaient avec nous au foot. Ils s’inquiétaient de nos problèmes en dehors de l’école. Chaque élève était suivi par un prof-guide. Le mien était génial!»

La jeune fille s’épanouit mais ne travaille pas plus ses leçons. «J’aimais bien l’histoire, l’espagnol et l’anglais parce que j’avais des facilités. Mais pour le reste, je ne faisais pas grand-chose…»

Victoria, adolescente.

La mort qui casse tout.

Depuis toute petite, Victoria entretient une relation particulière avec son père. «On se ressemble physiquement et dans notre manière d’être, dit la jeune femme. On aime sortir avec des amis et prendre du bon temps.»

Avec son père, Viky apprend à conduire, joue aux cartes et aux dés. Elle fait des paris et s’esclaffe en le battant à la «brisca»[4]. Mais lorsqu’elle a 14 ans, son père, son «yunta»[5], se suicide.

«Il était devenu alcoolique et avait des problèmes d’argent.»

En plein dans l’âge «de pavo»[6], Viky encaisse. «Mon frère est tombé en dépression… Avec ma mère, on dormait ensemble…»

Il n’y a pas de larmes dans ses yeux quand elle parle de son père. Mais derrière les remparts construits pour tenir le coup, pas de doute que son cœur se tord un peu.

«J’ai mes petits moments de peine, évidemment… Mais pourquoi parler de ça et faire se sentir mal les autres?»

Alcoolique, le père de Viky disparaissait régulièrement «pendant deux ou trois jours». Et revenait ivre. «Il était de ces alcooliques gentils qui font des blagues», commente Victoria.

«Mon père a toujours mené une vie de huaso[7], remplie de fêtes et de plaisirs.»

Mr. Hölck sort avec ses amis agriculteurs et propriétaires terriens. Il boit et fréquente les «maisons de filles».

«Mon père a toujours trompé ma mère avec des putes. Mais j’ai toujours vus mes parents amoureux», poursuit Viky, le sourire aux lèvres.

Mr. Hölck offre des fleurs à sa femme chaque semaine, il lui apporte le petit-déjeuner au lit et lui achète des parfums. Elle, lui fait des baisers et lui lave les cheveux tous les matins.

«Mon père disait toujours que ma mère a les plus belles jambes du monde!»

Mais la mère de Victoria souffre des tromperies et de l’alcoolisme de son mari. Les parents finissent par se séparer.

«Quand ils se sont séparés, mon père est tombé en dépression. Ajouté aux problèmes financiers, je crois qu’il n’a pas supporté.»

A 14 ans, Victoria sort beaucoup déjà. Elle passe plus de temps dehors avec ses amis qu’à la maison avec ses parents.

«Quand il est mort, j’ai senti de la peine et de la rage. Je m’en suis voulue de ne pas avoir été plus avec lui…»

Les larmes rentrées, la faim, la solitude.

Avec le décès du père de Viky, la famille sombre économiquement. «Ma mère a dû travailler mais elle ne gagnait pas grand-chose.» Loin le luxe et loin les amis fortunés.

«A partir du moment où ma mère n’a plus eu les moyens de vivre cette vie de gens riches, les «collègues» des clubs et œuvres charitables d’Osorno que fréquentaient mes parents ont arrêté de nous parler. Ca a été tragique pour ma mère.»

D’autant que la famille paternelle fait de même et n’aide pas le trio endeuillé.

«Quand j’ai fini le collège, avec ma mère, on a décidé de rejoindre mon frère qui étudiait à Viña del Mar.»

La maman ne trouve pas de travail. La nourriture manque et l’argent n’est pas là pour payer les factures de gaz et d’électricité.

Viky n’a pas réussi à s’inscrire à l’Université à temps, alors elle lit tous les livres entassés depuis son enfance. Et s’enterre seule.

«J’ai passé deux ans comme ça, sans étudier. J’étais très seule. Je me suis perdue. Avoir faim et voir ma mère au plus mal m’a beaucoup affectée.»

L’amour des autres.

Finalement, Victoria entre à l’Université, en traduction allemand-espagnol. «J’ai obtenu 90% de financement par crédit bancaire avec aval de l’Etat et j’ai commencé à travailler comme serveuse», explique la jeune femme en poussant ses cheveux bouclés derrière son épaule.

Pendant deux ans et demi, elle étudie, travaille et fait la fête. Elle fume des joints et «s’autofinance complètement». «Mais la peine restait en moi.»

Alors un soir, elle envoie un mail à son oncle et sa tante restés à Osorno, dans le sud du Chili: «Je suis super triste. Je ne vois pas comment m’en sortir et commence à comprendre mon père.»

L’oncle et la tante prennent peur. Ils répondent. «Si tu ne viens pas dans le Sud, on va te chercher.»

Nous sommes en août 2007. Viky a 23 ans. Et une pente immense à remonter.

Victoria Hölck, devant sa fac de tourisme.

A Osorno, chez son oncle et sa tante, Victoria se soigne «rien qu’à l’amour». Elle retrouve «un foyer constitué» où les enfants jouent et rigolent. Et après quelques mois de repos, se met à travailler comme serveuse dans un club de campagne où les plus aisés jouent au golf, au polo et montent à cheval.

«Peu à peu, la vie a commencé à me plaire et j’ai décidé de reprendre les études», dit-elle simplement.

Depuis mars 2009, Victoria Hölck étudie le tourisme-aventure à l’Inacap, un institut technique d’Osorno. Elle se finance en travaillant comme serveuse, baby-sitter ou vendeuse dans une chaîne de location de vidéo. Et visiblement, elle va bien.

«Je me sens très heureuse de la vie que je mène maintenant

Le sexe, les pololos et les autres.

«A Osorno, je pensais y rester 6 mois, mais j’ai rencontré Mauro et mes plans ont changé.»

Mauro (diminutif de Mauricio) est musicien, il est «beau, sait jouer de la guitare, de la basse, des percussions» et porte un béret noir sur le côté. «Comme le Che», dit Viky malicieuse.

«On s’est connu dans une fête, à six heure du mat’, et on est repartis ensemble.»

Depuis toute petite, Viky a «toujours aimé donner des bisous aux garçons». A 15 ans, c’est sa première fois et à 17, sa première histoire d’amour. Il s’appelle Boris.

«On était vraiment amoureux. Un jour, je suis tombée enceinte. Tout le monde était heureux, sa famille, lui, moi.» Mais la grossesse se complique et Victoria, 17 ans, perd le bébé.

«Le moment-même a été horrible. J’ai fumé des milliers de cigarettes. Mais la peine n’a pas été si dure à passer. Je voulais ce bébé, mais je crois que je ne me rendais pas du tout compte de quoi il s’agissait. Aujourd’hui, je me sens incapable d’avoir d’un enfant

Après Boris, vient «el Negro», métaleux aux cheveux longs et noirs. «Le typique dark dépressif, rit Victoria. On était deux antithèses. Moi qui ne portait que des couleurs et voyait toujours le bon côté des choses!»

Et puis, Mauro.

Avec lui, et chaque fois qu’elle a vécu une histoire sérieuse, Viky dit s’être «calmée». «Quand je suis avec quelqu’un vraiment, j’aime regarder des films à la maison, cuisiner, prendre soin l’un de l’autre. Je ne sors plus autant et je fais moins de bêtises!»

Sans gêne ni pudeur, Victoria raconte avoir toujours eu une vie sexuelle très active. «Des flirts fous, des sex-friends… beaucoup de partenaires différents, oui. Mais ça ne m’empêche pas d’être fidèle quand je suis en couple avec quelqu’un.»

Pour Viky, le sexe fait partie de la fête, «comme fumer ou boire des verres de trop.» «C’est un besoin du corps, comme manger.»

«Libre», elle dit aussi que le plaisir n’existe «que dans les relations où il y a de l’amour et où tu as pris le temps de connaître ton partenaire».

Et termine: «le sexe n’a rien de mauvais. Tant que tu te respectes et que tu respectes l’autre, c’est agréable.»

Je l’interroge sur la place de la sexualité dans la société chilienne. Elle répond sans hésiter.

«Les gens libres sexuellement sont aussitôt catalogués: ce sont des filles faciles

Et les autres?

«Beaucoup de femmes chiliennes n’ont pas de plaisir. Et ne le disent pas. Ou bien, elles ne savent pas dire ce qui leur plairait.» Victoria pense aux femmes «de plus de 35 ans», qui n’ont «pas eu d’éducation sexuelle au collège, ni même parlé du sujet chez elle ou avec leur partenaire

Puis elle parle des adolescents. «Alors, eux, c’est le délire. A 15 ans, ils couchent à droite et à gauche. Au collège, sur les places publiques…»

Elle me raconte une anecdote qui a fait le tour du Chili et la une des journaux à scandales. En août 2007, une adolescente de 15 ans a été filmée en train de faire une fellation à un camarade sur une place de Santiago, la capitale. La vidéo, mise en ligne par un autre camarade, a fait le tour des forums et provoqué la folie des commentateurs.

«Je crois que certains jeunes ne se respectent plus», dit simplement Victoria. Je pense à Soledad et à ce qu’elle m’avait dit dans la vallée de l’Elqui.

Des femmes qui résistent aux douleurs.

Sur la situation des femmes au Chili, Victoria estime qu’elle «dépend totalement de la femme.»

«Dans une société assez machiste comme la nôtre, les femmes ont le place qu’elles gagnent toute seule.»

Pour Victoria, les discriminations ont lieu dans la vie sociale, pas professionnelle. «Si tu es une femme, fumer, avoir plusieurs partenaires, c’est moche. Si tu es un homme, tout ça est bien vu!»

Et qu’est-ce qu’être une femme?

«Je ne sais pas. Je n’ai jamais été un homme. Peut-être, avoir la possibilité d’être maman, être plus sensible et plus endurantes face aux douleurs de la vie

Assise en tailleur sur les bancs de sa fac, des camarades curieux dans le dos, Victoria ne baisse pas la voix pour parler d’elle.

«Je suis née femme, physiquement. Mais je me définis plutôt comme une personne. J’essaye d’être quelqu’un de bien. D’aider comme je peux

«Joyeuse, positive», Viky semble n’avoir été ébranlée par aucune question. Pourtant, elle est tout sauf distanciée. Je sens une fille sincère, voit une forteresse et imagine les recoins fragiles.

Sur sa page Facebook où elle m’a invitée à choisir des photos pour illustrer son portrait, les visages de ses proches l’encadrent à chaque moment. Les amis, son père, ses cousins…

«Je me sens chanceuse d’avoir rencontré tous les gens que j’ai connu. On m’a aidé, j’ai aimé, me suis sentie aimée.»

« Je crois que je suis forte. Toutes ces expériences de la vie vécues si jeune m’ont rendu forte. Aujourd’hui, quand il m’arrive quelque chose d’important, je fais face. Je sais qu’à part la mort, rien n’est grave. Et même, quand quelqu’un meurt et disparaît pour toujours, je sais maintenant que c’est naturel. D’ailleurs, tu as deux possibilités dans ce cas, soit tu meurs de peine, soit tu décides de continuer à vivre et tu es heureux.»

Il est déjà presque 19h, le ciel gris a déchargé sa pluie. Je dois courir prendre un bus. Victoria se prête au jeu des photos. Souriante, droite, elle enlève ses lunettes, coquette.

Je lui demande quels sont ces rêves. Elle imagine: «avoir une maison avec un potager, voyager à travers le monde, en Italie, à Prague, en Amérique du Sud… Avoir un travail qui me plaise, guide de montagne ou autre chose d’ailleurs! Et puis, être mère et fonder un foyer. Un nid où on s’aime et s’entraide.»

«A Valparaiso, Osorno ou Punta Arenas, tant que je suis avec les miens, je me sens bien.»


[1] Taxis collectifs qui suivent un itinéraire fixe.

[2] Littéralement, douée pour la blague. Qui aime blaguer, rire, et faire rire.

[3] Dans le sud du Chili, les traces de cette immigration allemande sont palpables. A Valdivia par exemple, on met de la choucroute dans les hot-dogs et la bière locale s’appelle la “Kunstmann”. Il n’est pas rare non plus de croiser des gens aux cheveux bonds et aux yeux clairs. L’immigration allemande a commencé au XIXe siècle.

[4] Jeu de cartes d’origine espagnole.

[5] Yunta, se dit d’un ami ou d’un proche avec qui on partage beaucoup de choses, avec qui on passe beaucoup de temps.

[6] Littéralement, l’âge de dinde. Signifie l’âge bête (à l’adolescence).

[7] Huaso: nom donné aux paysans, agriculteurs, éleveur, du sud du Chili.

]]> http://chili.blog.pelerin.info/victoria-holck-forteresse-rieuse/feed/ 0 Hella Roehrs, entrepreneuse craintive http://chili.blog.pelerin.info/hella-roehrs-entrepreneuse-craintive/ http://chili.blog.pelerin.info/hella-roehrs-entrepreneuse-craintive/#comments Wed, 20 Jan 2010 22:05:36 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=945 Entrepreneuse craintive. L’expression semble oxymore.

Pourtant, Hella Roehrs, 47 ans, est une femme entrepreneuse et craintive à la fois.

Debout, elle relève les défis, a ouvert seule son hôtel de luxe en pleine Patagonie.

Et, sans en être convaincue elle-même, elle est capable de se lever et parler plus fort pour obtenir ce qu’elle n’aurait jamais imaginé.

Mais en elle, il y a aussi une petite fille fluette qui parle aigu, craint la maladie et s’inquiète pour ses filles.

Une femme en relief, en émotions, derrière une apparence lisse et délicate.

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Il est 17h. Puerto Natales s’étend engourdie vers la fin d’après-midi. Le froid fait penser à l’hiver, le soleil a des airs printaniers. Hella Roehrs m’a donné rendez-vous au coin de la rue où je me suis engouffrée dans un cyber. Elle m’appelle sur mon portable. Comme convenu, elle est en train d’arriver, depuis Punta Arenas.

«- J’ai un Nissan gris, me dit-elle au téléphone.

- Moi, un anorak kaki et un sac à dos noir.» Je rigole en moi-même. Avec ma tête de gringa[1], elle va bien me trouver de toute façon. Quoique, Puerto Natales est tellement remplie de touristes.

La voilà! Son pick-up est bien un Nissan gris. A l’arrière, des cartons et paquets attestent des provisions faites à Punta Arenas. Je fais un grand signe de la main. Je suis contente qu’elle arrive. J’ai passé plusieurs heures à errer dans Puerto Natales. J’ai envie de voir du monde et rêve de découvrir son estancia[2].

Dans la voiture, Hella, qui conduit, me salue chaleureusement, tout comme son mari Mauricio, assis à côté d’elle, et sa sœur Marcela, installée à l’arrière. Je perçois très rapidement qu’ils sont d’une classe très aisée. Leur espagnol est plus délicat, plus froid aussi. J’essaye de civiliser mon langage chilien populaire.

Autour de nous, les immensités patagonnes sont impressionnantes. La voiture d’Hella file vers le Nord, en direction du fameux parc naturel Torres del Paine. C’est par là-bas qu’est installé son hôtel. Là-bas que son mari élève près de 6000 moutons sur plus de 8000 hectares.






Une heure et demie plus tard, nous voilà arrivés. «Hôtel Posada Tres Pasos». C’est le nom de l’hôtel d’Hella. Je suis clouée sur place.

Perdu en pleine pampa, entouré de montagnes et de prairies à l’infini, l’hôtel d’Hella est juste profondément agréable. Vêtu de bois, chauffé à la cheminée, silencieux et doucement éclairé.  Très beau. Et très, très hors de mes moyens![3]

Je me sens hors contexte. Mes baskets Quechua et ma polaire sans manches à 4000 pesos ne m’ont pas appris à m’asseoir sans en avoir l’air. Mon espagnol a trop de rondeurs. Je n’ai jamais été aristocrate ni fille de grands propriétaires terriens.

Lors de la once[4] que nous prenons avec Hella et Marcela, c’est pire. Petites assiettes, doigts délicatement posés sur la cuillère brillante, trois biscottes, deux grammes de manjar[5] et beaucoup trop de manières à mon goût. Marcela fait de belles phrases propres sur la météo et les activités de la journée. Sans doute pour impressionner la journaliste, même si j’ai plutôt l’air d’une étudiante en voyage scolaire.

Hella est plus silencieuse. Un peu stressée.

On s’apprivoise. Mais je me sens appartenir à un autre monde.

Une enfance «comme un rêve»

Au petit matin, Hella est plus détendue. Elle est dans son élément, a bien dormi et attaque une journée dédiée à notre interview et aux activités habituelles nécessaires à la gestion de l’hôtel. Moi aussi je suis plus naturelle.

Installées dans le bar de l’hôtel, sur une petite table qui couine, nous voilà ensemble. Pour discuter.

«Je suis née à Punta Arenas, mais j’ai vécu presque toute ma vie à la campagne, ici en Patagonie», commence-t-elle.

Hella Roehrs Jeppesen tient ces patronymes allemand et danois de ces arrières grands-parents.

«Du côté de mon père, mes arrières grands-parents sont arrivés en Patagonie en 1918-1919, raconte Hella. Ils sont arrivés séparés et se sont rencontrés en Terre de Feu

Elle poursuit : «Mon arrière grand-mère travaillait comme infirmière auprès des Menéndez.»

Dans la région de Magellan, les Menéndez sont très connus. Au début du XXe siècle, une entreprise d’élevage de bétails possédait près de 3 millions d’hectares en Patagonie chilienne et argentine, la «Sociedad Explotadora Tierra del Fuego». La famille Menéndez était l’une des familles associées.

Hella aussi grandit dans une estancia, «l’Estancia Josefina», près de Punta Arenas. Son père en est l’administrateur pour le compte d’un des membres de la famille Menéndez.

«Mon enfance là-bas était comme rêve. C’était si beau! Il y avait tant d’espace pour jouer, les cousins venaient nous voir souvent», se souvient Hella dans un sourire.

Avec ses quatre frères et sœurs dont une jumelle, la petite fille est une enfant «très active». «On jouait à la poupée, à la maîtresse. Mais nos parents nous tenaient bien stricts, oui

La famille a du personnel – «une cuisinière, un jardinier, une femme de ménage…» - mais les enfants doivent faire leur lit et mettre et débarrasser la table. «Et à 19h, nous étions tous couchés!», dit sérieusement Hella. «Ma mère voulaient que nous soyons responsables

L’école, la ville, la séparation.

A 6 ans, Hella connaît un premier «grand changement». Ses parents l’inscrivent à l’école dans une autre estancia, à une heure de chez elle. Avec sa sœur, elle doit rester à l’internat. «Ca a été tragique», lâche-t-elle sans vouloir exagérer.

«Il y avait une inspectrice anglaise très sévère. Personne ne pouvait manger avant qu’elle n’ait levé sa cuillère. Et il était interdit de parler à table

Habituées à être libres, Hella et sa sœur pleurent des litres. Et se sauvent un après-midi. «Nous nous sommes échappées pour aller jouer à la poupée, relate Hella. Les parents nous manquaient tellement…»

Six mois plus tard, l’une des sœurs tombe malade. Et les parents les retirent de l’internat.

Puis la famille s’installe dans une autre estancia et les fillettes partent à l’école publique à Punta Arenas. Là non plus, elles ne s’adaptent pas.

«A la ville, tout est plus difficile. La maison était plus petite et notre père, resté à la campagne, nous manquait

L’année suivante leur réserve pourtant une rupture encore plus grande.

«Mes parents se sont séparés quand j’avais 9 ans. Ca a été si brusque… On n’a jamais compris pourquoi. Ca a été très dur

Aujourd’hui, Hella semble encore marquée par cette séparation. Elle «en veut» à son père d’être parti pour l’Argentine, et n’entretient avec lui plus qu’une «relation cordiale».

Les militaires, la télévision et le rock latino.

Séparée de son mari, la mère d’Hella, qui n’a jamais travaillé, doit réagir. Elle se met à faire des biscuits et des empanadas[6] et les vend pour gagner de l’argent. Heureusement, la famille est là pour arrondir les fins de mois. Et les enfants ne voient «presque pas la différence».

En 1973, c’est le coup d’état au Chili. Les militaires bombardent le Palais présidentiel et renversent le gouvernement socialiste de Salvador Allende. Hella a presque 11 ans. Elle s’en rappellera toujours:

«Il y avait des restrictions d’horaires, les supermarchés n’étaient pas bien achalandés, on manquait… Et puis, tout le monde avait peur. Les militaires débarquaient dans les maisons à n’importe quelle heure, pour emmener les gens d’opinions politiques divergentes. Ca aussi, ça a été dur

Finalement, Hella s’acclimate à Punta Arenas et prend goût à la vie en ville.

«Contrairement à la campagne, on avait la télévision. On allait au cinéma, au carnaval et on voyait beaucoup la famille

Elle apprend à s’arrêter pour traverser la rue quand elle roule à bicyclette et apprécie «le confort» dans lequel elle vit.

A l’école, la fillette adore le sport et les maths mais «déteste» l’espagnol. Pourtant, elle lit beaucoup: «Mujercita, Hombrecito, Donald Duck, Condorito, Cendrillon… Ce qu’on lit à 10-12 ans quoi!», se souvient-elle, rieuse.

Et puis sa famille reprend la route de la campagne. Enfin!

«Nous sommes installés à Cerro Castillo, un village pas loin d’ici, perdu en Patagonie. Et là, les merveilles sont revenues!»

«La campagne, c’est ma vie, vraiment, continue Hella, sincère. J’aime regarder les paysages, travailler la terre, faire le potager.»

Dès lors, l’adolescente décide de ne plus quitter sa campagne rêvée. Elle suit les cours du lycée par correspondance et s’arrête au niveau du bac.

A 18 ans, Hella Roehrs est une jeune fille qui ne rêve pas d’aventures lointaines.

«J’aimais rester avec ma maman. Elle travaillait comme cantinière et moi je tricotais, je faisais des gâteaux, je l’accompagnais

Hella n’a «pas trop de vie sociale», contrairement à sa sœur partie étudier à Santiago, la capitale. Mais elle ne s’en plaint pas. «J’écoutais beaucoup de musique à l’époque.»

Du rock latino – argentin avant tout – et des tubes des années 80: Soda Stereo, Los Enanitos Verdes, Abba, Cindy Lauper.

Et c’est là que Mauricio apparaît.

«Une relation toujours bien menée.»

Mauricio a 35 ans. Il est l’administrateur-adjoint de l’estancia Cerro Castillo. Tout le monde le connait. Hella aussi.

«Nous avons découvert que nous avions des points en communs et, peu à peu, une relation est née.»

De rencontres cachées en rencontres cachées, Hella a déjà 22 ans et elle tombe enceinte.

«Rien n’était public, on vivait au le jour le jour et puis je suis tombée enceinte et là, on s’est mis officiellement ensemble et je suis allée vivre avec lui.»

Entre Hella et Mauricio, la relation est «très belle », dit Hella. «Une relation toujours bien menée.»

Mauricio s’occupe de l’estancia qu’il administre et aide sa femme avec leurs deux filles, Macarena et Barbara, nées à un peu plus d’un an d’intervalle. Hella entretient la maison et accompagne son mari faire le tour des postes de contrôle de la propriété.

«Mauricio m’a toujours beaucoup aidé avec les nenas[7]. Il n’a jamais été machiste. Il est ouvert, me laisse faire les choses qui me plaisent. Je peux aller où je veux sans prévenir», souligne Hella.

Des filles ingénues et farceuses, presque comme dans les livres de la comtesse de Ségur.

Macarena et Barbara, les deux filles d’Hella, naissent dans un univers «ultra-protégé», où elles grandissent «libres» et «ingénues», raconte leur mère.

En pleine nature patagonne, elles passent leurs journées dehors. Apprennent à monter à cheval très tôt et accompagne leur père qui s’occupe des moutons et de la propriété.

«Dès leur plus jeune âge, les filles ont été très indépendantes. Et elles avaient toujours de nouvelles idées inattendues!»

Comme cet après-midi, où une voisine toque à la porte d’Hella, toute agitée. Vêtues de leurs seules bottes de caoutchouc, les deux fillettes de 4 ans se sont jetées dans un cours d’eau. Gober les œufs du poulailler ou renverser le lait frais dans la cuisine font aussi partie de leurs amusements ingénieux.

«Les petites n’étaient pas pudiques. Elles voulaient donner des bisous à tout le monde. Pour elles, le monde n’était pas mauvais, raconte Hella. Et puis, en grandissant, elles se sont rendu compte que l’envie peut animer les êtres humains.»

Aujourd’hui, Macarena et Barbara étudient ensemble à Valdivia (à plus de 2000 km de Punta Arenas). L’aînée a pris une année sabbatique pour attendre sa sœur et partir, avec elle, étudier loin de sa famille.

«Les filles vivent dans un chalet au bord du fleuve de Valdivia. Elles ont tout ce qu’il faut mais on s’inquiète toujours. Elles sont si loin.»

Hella et Mauricio financent la vie et les études de leurs filles. Pour cela, ils leurs envoient chaque mois 1 million 200 pesos[8].

6000 moutons, 8000 hectares et trois propriétés.

Hella et Mauricio sont ce qu’on peut appeler sans risque d’erreur des gens fortunés. Très fortunés.

D’administrateur, Mauricio est passé à propriétaire à la fin des années 70. «Quand Pinochet a parcellisé la Patagonie, Mauricio a pu acheter une estancia», explique Hella. Puis une autre et encore une autre.

Aujourd’hui, Mauricio possède près de 8000 hectares de terrain entre Puerto Natales et le parc naturel Torres del Paine. Et élève 6000 moutons dont il vend la laine et la viande, principalement à l’exportation.

«Oui, c’est un patrimoine très important, reconnaît Hella. Une estancia vaut environ un milliard de pesos[9].»

«Mais malgré l’étendue du domaine, la rentabilité n’est pas énorme car nous somme dépendants du cours du dollar

Elle concède tout de même: «Nous vivons très bien, c’est vrai. Trop bien presque. Nous avons assez d’argent pour être bien, donner du travail aux autres et entretenir notre patrimoine

Il y a dix ans, Hella s’est lancé en plus un défi personnel. Ouvrir un hôtel et accueillir des touristes aisés aux portes des sommets majestueux de Torres del Paine.

«Ca a été un défi vraiment beau. J’ai fait ça avec l’aide de mes filles, de mon mari. J’ai tout appris au fur et à mesure: comprendre les attentes du touriste, le recevoir, travailler avec d’autre personnes, gérer l’argent… Finalement, cela n’a pas été si difficile.»

Aujourd’hui, Hella est à la tête d’un business. Hors saison, elle parcourt les salons de tourisme latino-américains avec ses filles. Et durant l’été, remplit toutes les chambres de son hôtel cosy.

«En général, je passe la matinée chez moi: je range, nettoie et prépare des douceurs pour le soir. Puis, je pars à l’hôtel où je gère les réservations, le stock du restaurant, les commandes à faire.»

Et ce n’est pas tout. Depuis quelques mois, Hella est propriétaire d’une cafétéria-boutique de souvenirs, un peu plus haut en direction de Torres del Paine. Pour cette affaire aussi, elle aura su convaincre banquiers et fonds publics d’aide à l’investissement.

Comme quoi, derrière des angoisses perceptibles et une petite voix aiguë, se tient parfois une femme hardie et inventive.

Les riches, «peut-être moins machistes».

Quand je l’interroge sur la situation des femmes au Chili, Hella pense aux efforts qu’elles fournissent «pour pouvoir vivre bien».

«Les femmes chiliennes sont courageuses et persévérantes», dit-elle, consciente des efforts nécessaires pour «donner une bonne vie et de bonnes études à ses enfants

«Au Chili, la société est machiste de manière générale, poursuit-elle. Mais, depuis que nous avons une présidente femme, les choses ont changé.»

«Aujourd’hui, les femmes sont des protagonistes. Chez elle comme au travail. Elles veulent avancer, s’en sortir. Avant, c’était sans doute différent.»

Pour Hella, des changements «culturels» sont intervenus, mais peut-être pas à tous les niveaux de la société.

«Au sein des classes sociales et économiques les plus hautes, les gens sont peut-être plus ouverts, grâce aux études qu’ils ont fait, et donc moins machistes. Tandis que, chez les gens d’en bas, on a moins de moyens pour étudier, on est donc peut-être plus machiste», envisage-t-elle.

Et elle poursuit: «Je l’ai vu parmi mes employées, il y a des femmes que leur mari ne laisse pas sortir. Ce sont des hommes qui ont été élevés dans la culture machiste.

Mais aujourd’hui, ils n’ont plus le choix. Les familles ont besoin que les femmes travaillent.»


Donner la vie et craindre de la perdre.

Pour Hella Roehrs, être une femme est «quelque chose de merveilleux, dans mon cas». C’est «être coquette, indépendante, avoir des idéaux, être comprise et respectée…»

«Nos sexes sont différents bien sûr, mais nos sentiments aussi, ajoute-t-elle. Les femmes sentent plus avec le cœur.»

«Et puis, être mère est la plus belle chose qui puisse arriver à une femme.»

Pour Hella, le sexe c’est «tout»: «se sentir bien, se sentir femme, donner du plaisir à son mari, se sentir bien à deux.» Et jamais, il n’a été tabou dans sa famille. «De blagues en blagues, ma mère nous as parlé de tout à chaque étape: des menstruations, de la sexualité, de la contraception. Nous rougissions mais posions aussi des questions.»

Mais quelle femme est Hella Roehrs? Elle réfléchit un instant et se lance doucement:

«Je suis une femme qui aime écouter, je me préoccupe des autres… Je suis ultra ordonnée! (rires) D’ailleurs, ça se voit chez moi, chaque chose est à sa place.»

«Extravertie, qui aime lire, écouter de la musique, faire des exercices et être avec sa famille

Angoissée? Je demande. «Angoissée non, mais craintive oui. Pour mes filles et mon mari surtout.»

Depuis que sa mère a été emportée par le cancer en quelques mois, Hella craint la maladie.

Elle se sent «réalisée, heureuse»: «je suis mariée, j’ai des enfants, mes filles sont presque diplômées». Mais rêve quand même de connaître ses petits-enfants et de «rester toujours avec [son] mari». «Jusqu’à mourir ensemble, je l’espère.»

«Car le temps fait ses ravages sur les corps», explique Hella, émue.

Il est déjà presque 14 heures et la cuisine respire de bonnes odeurs. Maria José, la cuisinière, a préparé des lentilles qui fument de délices. Hella est tranquille.

Dans la cuisine, elle s’installe avec nous sur la table blanche. Les filles de l’hôtel, qui m’ont fait rire hier soir, bavardent avec elle, naturelles. Moi aussi. J’ai perdu la gêne. On blague. Hella raconte des anecdotes de son enfance. Elle mange dans la cuisine de l’hôtel, des lentilles à la cuiller. Toutes les patronnes fortunées ne le feraient pas.

Tout à l’heure, elle fera près de 200 kilomètres pour me montrer la Patagonie, les moutons, les vaches et sa maison impeccable au plancher qui craque.

Dehors, la pluie et le vent ont sorti les grands moyens. La porte du pick-up gris qui me ramène à Puerto Natales s’arrache presque. Hella me laisse un bisou frais et parfumé. L’image a repris le dessus. Mais dans ma poche, j’ai un petit papier qu’elle a écrit à la main. L’adresse de ses filles, qui «peuvent m’accueillir sans aucun problème» à Valdivia. «Vas-y, vraiment. Ca me ferait plaisir que tu les connaisses. Elles parlent de moi en étant ce qu’elles sont.»


[1] Gringo, nom donné par les Chiliens et Latino-Américains aux Américains et plus largement aux étrangers. Gringa au féminin.

[2] Ranch, propriété avec des moutons, chevaux et vaches souvent. Il en existe beaucoup en Patagonie.

[3] La nuit coûte 72 000 pesos, presque la moitié du salaire minimum chilien.

[4] Thé accompagné de pain et garnitures salées ou sucrées, que les Chiliens prennent vers 18h ou plus tard et qui fait souvent office de dîner.

[5] Confiture de lait.

[6] Petits chaussons farcis de viande, oignon, olive et œuf ou bien de fromage notamment.

[7] Petites, filles. Expression plutôt utilisée en Argentine. La Patagonie chilienne est très influencée par l’Argentine car les habitants peuvent s’y rendre beaucoup plus facilement que dans le reste du Chili en raison de la géographie.

[8] 1700 euros, soit huit fois le salaire minimum au Chili.

[9] 1 million 400 euros environ.

]]> http://chili.blog.pelerin.info/hella-roehrs-entrepreneuse-craintive/feed/ 0 Un président milliardaire http://chili.blog.pelerin.info/un-president-milliardaire/ http://chili.blog.pelerin.info/un-president-milliardaire/#comments Sun, 17 Jan 2010 21:50:08 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=1159

Dimanche = plage. Dimanche = élection présidentielle. Comme si de rien n’était.

Ce dimanche a tout l’air d’un dimanche comme les autres. Le soleil rompt les nuages gris qui s’entêtent à rester au dessus de la baie de Valparaiso. Avec des amis, nous nous baladons le long de la plage à Viña del mar.

Les touristes sont nombreux, les enfants jouent dans le sable et les dames se goinfrent de glaces et de cacahuètes grillées.

Pourtant, le ciel a comme un air bizarre. Le vent est plus chaud qu’à l’accoutumée. Plus irrégulier.

Les nuages soudain se réunissent. Ils ont appelé du renfort. Le froid monte et on enfile les pulls et coupe-vents. La mer s’agite.

Puis, le soleil revient. Le vent s’efface. Et tout semble reprendre son cours.

Dans un café assez cosy de la plage de Viña del Mar, des familles aisées se tartinent les lèvres de glaces. Il y a même des touristes japonais, chose rare au Chili.

Dans un coin du café, la télé fonctionne.

Je m’approche. Les Chiliens votent aujourd’hui pour élire leur président. Et il semble bien que les premières estimations soient tombées. J’ai le coeur qui chauffe.

Pour la première fois depuis la fin de la dictature, la droite est sur le point de gagner. Une droite qui a adouci son discours mais qui reste soutenue par la très conservatrice UDI (extrême droite) et envisage d’intégrer à son gouvernement d’anciens fonctionnaires de la dictature de Pinochet.

Et, bingo! Sebastian Piñera est en tête. L’écran de télévision annonce un score serré mais en faveur du candidat de la droite: 58%-42%.

Dans le café, personne ne réagit. Chacun continue à manger sa glace et à parler du barbecue du soir. Seuls les Japonais se lèvent de leur siège. Ils montrent l’écran de télé et s’exclament.

Le soleil a une drôle de couleur.

Et je regarde, silencieuse, ces Chiliens qui klaxonnent dans l’avenue, en brandissant des drapeaux de leur candidat entrepreneur milliardaire surnommé le « Berlusconi chilien ».

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Les chants de Valpo 2 – le port, le marché aux poissons http://chili.blog.pelerin.info/les-chants-de-valpo-2-le-port-le-marche-aux-poissons/ http://chili.blog.pelerin.info/les-chants-de-valpo-2-le-port-le-marche-aux-poissons/#comments Thu, 14 Jan 2010 13:45:58 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=1165

Vivre à Valpo (Valparaiso), c’est vivre au port. Oublier l’océan est impossible même si le port de commerce sépare les porteños* du Pacifique.

Ce matin, le ciel est gris. Il changera peut-être à midi. En attendant, je vous enmène à la Caleta Portales. Là où les pêcheurs artisanaux laissent leur bateaux. Là où ils vendent le poisson et les fruits de mer venus de tout le Chili.

Derrière la caleta, au millieu des bateaux, il y a des chats freluquets, des gens usés par le sel et le soleil et ces phrases jetées d’un établis à un autre:

San Pedro, le patron des pêcheurs, veille.

Les gros bras du port discutent.

Un peu plus loin, l’océan.

Gris et un peu agité aujourd’hui.

Les vagues, les mouettes, les pélicans.

A l’intérieur du marché couvert de bois, les étals regorgent de poissons énormes et de fruits de mers brillants.

Ecouter l’ambiance le long des étals.

Un vendeur qui tape sur les coquilles des coquilles Saint-Jacques pour me montrer qu’elles sont vivantes, les cris pour vendre le poisson et les pièces de monnaie qui s’agitent dans les tabliers.

Adriana, à gauche, et son employé qui vend la pêche de la veille.

Des machas et des coquilles Saint-Jacques.

De la reineta, poisson blanc trop bon à la plancha. Un lenguado (le poisson blanc et plat au centre). Derrière, des crevettes (sans colorants!) et de la chair de crabe déjà prête pour faire un gratin typique: le pastel de jaiba.

Douze coquilles Saint-Jacques pour 2,70 € ! Mmmmm… le délice!

PS: En prime, j’ai eu droit à une dédicace de la mouette rieuse. Plof! Juste là sur le coin de ma tête. Oui, vous pouvez rire!

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* Nom donné aux habitants de Valparaiso.

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Les chants de Valpo 1 – le vendeur de journaux http://chili.blog.pelerin.info/les-chants-de-valpo-1-le-vendeur-de-journaux/ http://chili.blog.pelerin.info/les-chants-de-valpo-1-le-vendeur-de-journaux/#comments Sun, 10 Jan 2010 09:09:28 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=1131

Au petit matin, les rues de Valparaiso sont calmes. Le soleil est clair et l’air frais. De temps à autres un colectivo* passe sur les pavés désordonnés. Les mouettes rieuses volent au loin au dessus de la baie.

Au petit matin à Valpo*, il y a les chants des hommes au coin des rues. Ce matin, c’est le vendeur de journaux qui me fait sourire au réveil.

Ecoutez-le. Il traîne un charriot chargé de gros sacs de farine remplis de journaux. Mercurio, Cuarta, Ultimas Noticias…

Ecouter le vendeur de journaux ambulant, la voisine qui lui parle et les chiens toujours réveillés de bonne heure.

Ma rue tranquille.

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*Colectivo = taxis colectifs qui suivent un chemin prédéfini, à peine plus cher que le bus.

*Valpo = diminutif de Valparaiso.

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Viviana Valenzuela, orfèvre voyageuse http://chili.blog.pelerin.info/viviana-valenzuela-orfevre-voyageuse/ http://chili.blog.pelerin.info/viviana-valenzuela-orfevre-voyageuse/#comments Tue, 05 Jan 2010 14:04:41 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=943

A 35 ans, Viviana a connu le Nord, le Sud et beaucoup d’endroits du Chili.

Depuis qu’elle en a 18 ans, elle voyage et vit grâce aux bijoux en argent qu’elle fabrique.

Une vie différente, modeste mais libre, loin des cadres et des obligations.

Une vie au fil des envies et des enfants.

Rencontre en Patagonie, dans une des rues venteuse de Puerto Natales.

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Viviana a les yeux noirs. Profonds, forts. Ses cheveux noirs et épais, accrochés en mie-queue de cheval, forment deux arrondis sur son front qui brille un peu. Sa peau claire, tachetée de beige par le soleil, transpire ce midi. Dans son anorak noir fourré et son pantalon de trekking gris, Viviana, 35 ans, court entre les banques de Puerto Natales. Elle pousse son vélo pour que je puisse la suivre et se joue des gouttes de pluie qui s’échappent du ciel.

Il fait gris ce midi sur Puerto Natales et Viviana est un peu stressée. Concentrée. Avec son amie et collègue orfèvre Paula, la jeune femme vient de passer deux jours à Punta Arenas pour vendre les bijoux qu’elle fabrique en argent. Elle doit faire le tour des banques, encaisser les chèques «avant que les gens n’aient plus l’argent sur leur compte» et acheter le métal pour les prochaines pièces.

«- Je peux t’accompagner, lui dis-je.

- Ah oui, bonne idée… Comme ça, après on ira manger ensemble à la maison.» Va pour moi.

Je teste donc tous les sièges d’attente des banques de Puerto Natales. Banco de Chile, Banco Estado, Santander… Viviana n’a pas vraiment l’air dans son élément. Mais «il faut le faire».

Je l’aide à compter ses chèques. Ils sont éparpillés entre son agenda, sa trousse à bazar et le fond de son sac à dos usé qui bringuebale sur ses épaules avec les secousses du vélo sur le trottoir.

Enfin, on a fini. Et Viviana veut passer au supermarché pour «attraper quelques trucs pour l’almuerzo[1]». Pas de soucis, je participe aux courses.

Dans l’antre de la consommation, Viviana n’a pas plus l’air d’un poisson dans l’eau. Elle fait «au plus vite» et réunit tous les fruits et légumes qu’elle achète dans un seul sac en plastique. «Pour éviter d’en utiliser trop. Ca pollue la planète.» Et le garçon des fruits et légumes de coller toutes les étiquettes autour du sac plastique obèse.

Poires, pommes, tomates, brocolis, carottes. L’almuerzo s’annonce végétal !

«Un peu hippie, oui»

Viviana Valenzuela est née à côté de Concepción (à 500 km au sud de Santiago), à Chiguayante. Avec ses deux sœurs et son frère, l’enfant joueuse s’amuse «surtout dehors, dans les champs, au bord des rivières».

«A l’époque, tout était plus sain. On jouait dehors sans danger. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Tout est devenu ville, délinquance», souligne Viviana.

Son père est commerçant. Il vend «des épices, des lampes, des plantes naturelles». Et sa mère nettoie les fruits de mer dans une entreprise de pêche ou travaille comme employée domestique. «Une famille humble», décrit Viviana, comme on dit souvent en Amérique Latine pour ne pas dire pauvre parce que d’autres sont plus pauvres encore.

«Mes parents étaient très bons, très compréhensifs avec nous.» Pas stricts pour un sous. «Un peu comme moi aujourd’hui avec mes enfants.»


Dans son atelier où nous sommes installées pour discuter, l’établi grouille de pièces d’argent, d’outils et de débris de pierre ou de soudure. Amapolla, la plus jeune fille de Viviana, s’invite dans la conversation. Elle tripote le micro. Fait des caprices et se met à crier quand sa mère lui dit de sortir. Viviana est patiente mais ne réussit pas à faire passer la tempête. Elle promet un bonbon, couvre de bisous et tend la voix. Rien à faire. Amapolla veut rester.

Viviana poursuit, sa fille sur les genoux.

«Je n’ai jamais aimé l’école», avoue-t-elle. Jusqu’à 14 ans, Viviana étudie au collège de sa ville puis elle va au lycée à Concepción.

«Je haïssais le collège… Tant d’heures passées en cours! C’était vraiment trop strict pour moi

L’adolescente veut «voir autre chose, voyager, connaître des gens qui voyagent…»

«C’est sans doute ça qui m’a poussé à devenir artisane», analyse-t-elle tandis qu’Amapolla se frotte les yeux en nous écoutant.

A 16 ans, Viviana se fait une amie artisane. Celle-ci lui apprend à travailler les fils de métal blanc et le cuivre pour fabriquer «des choses pas chères».

«Ca m’a plu, explique Viviana. Le travail manuel mais aussi la liberté qui va avec cette activité. Quand on est artisan, on n’a ni chef ni horaires

Elle poursuit : «J’aime aussi le mode de vie des artisans… Un peu hippie, oui

Daniel, le voyage et les enfants.

A 18 ans, Viviana rencontre Daniel, artisan orfèvre et voyageur, de 9 ans son aîné. Elle adopte définitivement ce mode de vie «un peu hippie» des artisans latino-américains qui parcourent les routes et vendent leur artisanat pour voyager.

«Avec Daniel, nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’amis artisans. Et puis, nous sommes restés ensemble. Ca a été rapide finalement

Quelques mois plus tard, Viviana tombe enceinte. Et le voyage démarre.

«Nous sommes partis à La Serena. Et c’est là qu’est né mon fils Daniel.»

Après un retour à Concepción, le couple repart finalement en direction du Nord. Objectif: rejoindre San Pedro de Atacama pour s’y installer, avec leur fils Daniel, 6 mois à peine.

Les escales sont nombreuses, le voyage élaboré au fil des jours. «On passait de quelques jours à quelques semaines à chaque endroit, on dormait chez des amis et vendait nos bijoux en argent pour vivre.» La Serena, Coquimbo, Ovalle, Copiapó, Calama… et enfin San Pedro, après de nombreux mois de route.

«A l’époque, le tourisme n’était pas aussi développé à San Pedro. C’était juste ce qu’il fallait pour vendre des bijoux et vivre tranquillement avec les enfants», souligne Viviana.

Daniel connaît déjà San Pedro. Il voyage depuis l’âge de 15 ans et a appris l’orfèvrerie avec ses compagnons de route. «Il est bien patiperro[3], oui!» rit Viviana.

A leur arrivée, la saison touristique est encore loin. Daniel se consacre donc à la fabrication de bijoux en argent. Et Viviana travaille comme serveuse et aide cuisinière dans les restaurants du village. En plein désert.

«J’apportais mon salaire de serveuse et Daniel s’occupait de la maison et de notre fils.»

Au total, Viviana et Daniel restent dix ans à San Pedro de Atacama. Leur artisanat se fait connaître et Viviana délaisse les salles de restaurant.

«Et puis, Llacolén est née», raconte Viviana. La petite fille voit le jour «à la maison, pas à l’hôpital

«C’était un choix personnel, souligne Viviana. Je voulais que ce moment soit intime, alors j’ai accouchée chez moi, aidée par des amis qui avaient déjà vécu cette expérience

Ce n’est pas vraiment légal mais qu’importe, Viviana ne vit pas en fonction des règles ni principes de la société. Elle fuit plutôt les institutions.

«A San Pedro, Daniel mon fils est allé un peu à l’école puis plus. Le collège était vraiment mauvais, les profs nuls

«Daniel chico»[4] apprend donc à la maison, avec sa mère et son père, et passe des examens de validation de temps à autre.

Aux autorités, le couple de parents expliquent qu’ils voyagent souvent. Impossible donc d’inscrire leurs enfants à l’école.

«Mais ca n’a pas toujours été facile, commente Viviana. Un jour, une assistante sociale est venue chez moi avec la police. Et pas pour être sympas: ils m’ont dit que je ne savais pas ce qui était bon pour mes enfants! Je n’allais quand même pas mettre mes enfants dans un collège où un élève a été violé!»




Puerto Natales, le violon et les enfants qui s’installent.

Aujourd’hui, Viviana vit à Puerto Natales. A l’autre bout du Chili. Du désert le plus sec du monde, elle est passée au froid rude de la Patagonie.

«Au bout d’un certain temps, les envies de voyager sont revenues. On était déjà venus à Natales. Alors, on s’est décidé à y retourner pour un temps

Le voyage du Nord vers le Sud dure trois mois. Leurs enfants sous le bras (Daniel a 9 ans et Llacolén 4), le couple fait escale à La Serena, Ovalle, Santiago, Concepción, Puerto Montt et sur l’île de Chiloé. En bus et même en barque, il rejoint Coyhaique très au sud. Puis passe par l’Argentine pour enfin atteindre Puerto Natales.

«Voyager avec des enfants n’est pas simple, reconnaît Viviana, mais pas impossible.»

A Puerto Natales, Viviana tombe à nouveau enceinte. Amapolla naît quelques mois plus tard. Et les enfants commencent à prendre racines.

«Mon fils Daniel veut finir le lycée ici, il joue du violon dans l’orchestre symphonique de Natales alors il n’a vraiment pas envie de partir», explique Viviana.

Elle aussi s’est habituée à vivre ici. «J’aime l’air pur de la Patagonie, la nature.» Elle a même un peu changé d’avis sur l’école: «Finalement, je crois que c’est bien que les enfants aillent à l’école, car il s’y socialisent, ils y rencontrent d’autres enfants…»

De fil en aiguille, Viviana et Daniel ont construit un foyer a Natales. Ils louent une maison et un atelier, «modestes mais où on est bien». Ont beaucoup d’amis et plein d’idées qui grouillent.

«Tiens! Voilà encore une bouteille de plastique!», lance Daniel qui entre dans la cuisine où Viviana s’affaire pour préparer l’almuerzo. Dread locks, barbe désordonnée, pull tricoté chamarré et un jean usé qui tombe, Daniel a 44 ans. Et les yeux brillants. «On veut les utiliser pour isoler», m’explique-t-il, ravi.

Daniel ne sait pas vraiment si le plastique est un isolant phonique ou thermique mais «il paraît que les bouteilles plastiques remplies de sacs plastiques isolent, alors on va essayer. Ca évitera qu’on pollue tellement!», m’explique-t-il. J’acquiesce. J’ai un doute. Quelques jours plus tard, la télé me confirmera ses propos.

«Je pourrais être un homme»

Pour Viviana, la société chilienne est «toujours machiste» mais la situation des femmes au Chili «s’est beaucoup améliorée.»

«Surtout grâce aux lois», ajoute-t-elle.

Elle développe: «Aujourd’hui, les femmes séparées reçoivent des pensions alimentaires pour leurs enfants, les salaires des hommes et des femmes doivent être égaux, les femmes ont le droit d’allaiter leur enfant au travail, elles sont mieux protégées de la violence masculine. Tout ça avant, cela n’existait pas

Viviana se dit «peu informée». Elle a quand même lu les prospectus sur les droits de la femme sur lesquels elle est tombée par hasard et connaît tous les ateliers organisés par la fondation Prodemu[5] à Puerto Natales et Punta Arenas. «Il y a des ateliers pour femmes entrepreneuses, des activités manuelles, des ateliers de cuisine, de business et d’informatique… », illustre-t-elle.


Pour répondre à la question «Qu’est-ce qu’être une femme?», Viviana est directe: «Je crois que je pourrais être un homme.»

«La femme est différente de l’homme parce qu’elle peut avoir des enfants évidemment. Elle ressent plus les choses, oui, mais certains hommes aussi. Et une femme peut faire le même travail qu’un homme.»

Elle complète: «Pour moi, nous sommes tous différents. Nous sommes tous des êtres humains et je crois plus aux différences de personnalités qu’aux différences de genre

Viviana et Daniel, son compagnon, prennent les décisions «en commun». «L’égalité est naturelle pour nous, décrit Viviana. Il cuisine et s’occupe des enfants autant que moi

Pour Viviana, le sexe est «quelque chose de normal». C’est «la base du couple, un acte pour procréer et une preuve d’amour aussi.»

Jamais, la sexualité n’a représenté «un tabou ou un sujet à éviter», assure-t-elle. «A la maison, c’est mon père qui en parlait avec nous, ma mère jamais!»

Et elle convient: «dans le reste de la société chilienne, c’était différent, c’était tabou.»

«Mais aujourd’hui, ça a changé. Les gens sont plus ouverts et il y a des cours d’éducation sexuelle au collège

Ecouter les autres, craindre mais rêver plus fort.

Viviana est une femme «sensible», «travailleuse, oui bien travailleuse». «Joyeuse et gentille aussi.»

Une femme qui écoute «beaucoup». «Mes amies me disent que je suis comme un psychologue!», rit-elle. Sa copine Veronica, qui nous accompagne pour l’almuerzo, semble d’ailleurs bien habituée à venir conter ses malheurs et angoisses.

Parmi les peurs, il de Viviana, il y en a une récurrente: «que mes enfants se fassent violer. J’ai peur de ça car je sais que cela détruirait leurs vies.» Alors, elle leur parle de tout et fait attention, sans les couver.

«Etre chez moi, avec ma famille, dans l’atelier ou à la maison, c’est ce qui me plaît », raconte-t-elle. Les choses matérielles ne sont pas importantes. L’amour est la première des choses. L’amour de la vie, l’amour de la nature, l’amour pour mes enfants…»

«J’aime cultiver la terre, planter, recycler, poursuit-elle. Pour moi la vie, c’est essayer d’être meilleur chaque jour : plus tolérant, plus juste, mieux traiter la nature et mieux éduquer mes enfants.»

Viviana aime aussi voyager, connaître des gens et découvrir d’autres cultures. «Le voyage me fait halluciner. En vrai et en reportage à la télé aussi!», s’enthousiasme-t-elle. «J’aimerais découvrir la Bolivie, l’Argentine, le Paraguay, le Brésil… J’adorerais voir les chutes d’Iguaçu[6]!» s’exclame-t-elle les yeux plein d’images.

La jeune femme est déjà allée en Bolivie, à l’époque où elle vivait à San Pedro de Atacama. «On avait besoin de se donner un temps avec Daniel et c’étaient les 30 ans de la mort de Che Guevara alors…»

«J’ai adoré.»

Viviana rêve de voyager, de vivre de ce qu’elle plante, et d’aider les autres.

«Avec Daniel, on aimerait monter des ateliers pour les gens qui se sentent un peu en dehors du système, qui n’arrivent pas à s’y adapter. Des ateliers d’orfèvrerie, de jardinage…»

«Mais tout ça, c’est ce que je pense aujourd’hui. Peut-être qu’on le fera, peut-être pas. Il est possible que je change d’envies


Toujours assise sur les genoux de sa mère, Amapolla gigote. Elle en a marre de nos bavardages. Il est déjà largement l’heure de déjeuner. Et la soupe de légumes en morceaux nous attend, chaude sur la cuisinière à bois.

Viviana nous sert. Elle est un peu gênée de cette longue conversation. Mais a gardé intact le jardin secret qui fait sa force et son apparente tranquillité. «En fin de compte, c’était vraiment raconter toute sa vie, hein», dit-elle à sa copine Veronica. Elle respire un grand coup et avale une première cuillérée de soupe. Autour de nous, des chatons se chamaillent sur les étagères. Viviana écoute, d’habitude.

Les bijoux fabriqués par Viviana et Daniel:


[1] Déjeuner, repas de midi en espagnol.

[3] Baroudeur, homme des routes, globe- trotteur.

[4] Petit Daniel, équivalent espagnol de Daniel Junior.

[5] Fundación para la Promoción y el Desarrollo de la Mujer, Fondation pour la Promotion et le Développement des Femmes.

[6] Chutes d’eau spectaculaires au sud du Brésil, à la frontière avec l’Argentine.

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Feliz año* ! http://chili.blog.pelerin.info/bonne-annee/ http://chili.blog.pelerin.info/bonne-annee/#comments Fri, 01 Jan 2010 15:07:50 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=1062 Plage de Cau Cau - 1er janvier

1er janvier. La fatigue de la fête d’hier s’adoucit avec le bruit des vagues. Le Pacifique est bleu azur.

Le vent frais et le soleil chaud.

Hier soir, Valparaiso a raisonné toute la nuit des cris de fête des Chiliens et étrangers venus de partout voir « l’un des meilleurs feux d’artifices du continent ». A minuit, dix sept bateaux ont commencé à tirer leurs jets de lumière vers le ciel bleu nuit.

Feux d'artifices sur la baie de Valparaiso - Viña del Mar. Photo: Gerardo Leon.

Sur les toits, des terrasses improvisées pour embrasser toute la baie du regard. Des familles installées depuis le matin sur les miradors de la ville. Des jeunes partout dans la rue toute la nuit, bière et pisco à la main. Des chansons jusqu’au lendemain et des barbecues bien sur!

Ce soir, à Horcon, village de pêcheurs à 1h30 de Valparaiso, la lumière se couche lentement. Mes pieds se détendent sur le sable doux de la page de Cau Cau.

Beau 1er janvier. Belle année 2010 à tous !

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*Feliz año = Bonne année en espagnol.

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24 décembre… 24° ! http://chili.blog.pelerin.info/24-decembre-24%c2%b0/ http://chili.blog.pelerin.info/24-decembre-24%c2%b0/#comments Thu, 24 Dec 2009 11:03:20 +0000 lucile http://chili.blog.pelerin.info/?p=1057 Joyeux Noel à tous !

Depuis le soleil éclatant de Valparaiso, je vous souhaite de bonnes fêtes et vous dis à très vite !

Chouette ce 24 décembre sous 24° !!

Bises,

Lucile

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