4/5 : Soledad Garcia : « Querer y amar »

Soledad Garcia Huidobro, aristocrate populaire

De cette vie passée d’un extrême social à un autre, Soledad a tiré une grande liberté de parole et un regard aiguisé sur la société chilienne.

«La situation de la femme au Chili est pathétique», lâche-t-elle sans demi-mesure. «Quelle que soit sa classe sociale d’origine, la femme chilienne commence à peine à être respectée dans la société

«On parle beaucoup des droits de la femme en politique mais dans la vie quotidienne, le machisme perdure. Et nous, les femmes, en sommes responsables, car nous n’enseignons pas à nos fils à laver la vaisselle ou surveiller le bébé

Mais Soledad déplore aussi une autre réalité actuelle: «beaucoup de jeunes diplômées chiliennes sentent que pour être reconnues elles doivent se battre et se comporter comme des hommes

Pour Soledad, elles font fausse route. «Entrer en compétition avec les hommes n’a pas de sens. Nous sommes différents physiquement, psychologiquement et émotionnellement, souligne-t-elle, et cela ne nous empêche pas d’avoir autant de valeur.»

Soledad Garcia tache aujourd’hui de maintenir une relation stable avec l’homme qu’elle a rencontré dans la vallée. Elle sait bien que vivre avec elle est «difficile». «Je suis très indépendante et mon travail absorbe beaucoup de mon temps et de mes émotions…» Mais elle tente de construire avec lui un équilibre.

«Les hommes chiliens ont tendance à vouloir posséder leur amoureuse», dit-elle doucement. Je me souviens de ces couples qui se disent appartenir l’un à l’autre, comme un joli mot d’amour. «Soy tuyo y soy tuya»*.

«Mais personne ne peut posséder personne, rétorque Soledad, nous sommes tous des parties d’un tout et nous nous rejoignons pour un temps indéterminé.»

Et elle rigole: «Au Chili, tout se fait caché!» «On ne parle pas de sexe dans les familles, on a des relations sexuelles derrière la porte ou lorsque la lumière est éteinte.» Résultat: «Beaucoup baisent mais ne savent pas faire l’amour…»

«Je crois que l’on a été tellement réprimés sous la dictature que depuis le retour de la démocratie, une sorte de convulsion secoue la société. La liberté explose sans contrôle et elle prend des aspects de libertinage… Ils manquent des leaders, des référents pour canaliser cette explosion. Beaucoup de jeunes se disent homosexuels, bisexuels, presque par mode, ou ont des comportements sexuels extrêmes. Finalement, ils oublient de se respecter eux-mêmes.»

Soledad conclut: «Ici, beaucoup de gens veulent (quieren*) un petite copine comme ils veulent (quieren) une glace. Mais aimer (amar), ce n’est pas demander ou vouloir, c’est donner et prendre le risque qu’on ne te donne pas et qu’on ne t’aime pas.»

Pour Soledad, les femmes sont «des guerrières dans la bataille de la vie». Elles sont «la fertilité et l’axe des familles.» Et elle, Soledad Garcia Huidobro?

«Je suis une femme qui travaille pour son épanouissement intégral et pour celui de la société qui l’entoure. Je dois encore me renforcer et apprendre à mener une relation de couple saine… »

«En fait, je suis encore un projet de femme.»

L'atelier de tissage de Soledad, avec les chiens et le coq.

Les heures se sont écoulées et le soleil est déjà loin derrière les montagnes. Elle m’offre des haricots blancs bien chauds dans un plat de grès brun. Nous buvons un thé de boldo*.

Puis je prends la route vers Pisco Elqui, village plus haut où je dormirai ce soir. Le ciel est vierge de lumières humaines et rempli d’astres naturels. L’air est sec. J’ai chaud et mon cœur réfléchit.

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* «je suis tien et je suis tienne».
*querer = vouloir et aimer en espagnol, aimer d’affection ou « bien aimer » en français (pour des amis ou dans un couple).
*amar= aimer sans le sens de vouloir.
*boldo= arbre aux feuilles vertes et ovales que l’on peut utiliser pour le thé.

11/10/2009

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