A l’école avec Omar, Nallelli et María Teresa

Nalleli, Maria Teresa et un de leurs camarades.

Luis, chez qui je loge à Arica, est le directeur d’une école municipale. A peine arrivée à Arica, je le suis à son travail. Cela fait longtemps que j’ai envie d’entrer dans une école au Chili.

Dans la cour de l'école D-21, Arica.

«Ici, c’est une école municipale, m’explique Luis. Les enfants ne payent rien. Tout est financé par l’Etat à travers la municipalité.»

Au Chili, il existe trois types d’école. Les écoles privées: très répandues, ce sont les plus cotées et dotées en général. Les écoles privées subventionnées: un peu moins dotées et cotées, elles offrent quand même une bonne éducation. Et les écoles municipales: gratuites mais aux moyens beaucoup plus réduits.

Le système d’éducation chilien a été privatisé. Résultat: comme en matière de santé, ceux qui ont les moyens ont accès à un bon service. Les autres… font ce qu’ils peuvent.

Dans la salle de classe de Maria Ruth, institutrice de CP.A force de chants, poèmes et rappels à l’ordre, Maria Ruth capte l'attention de ses élèves.

Pour en savoir plus sur le fonctionnement de l’école, je me glisse dans la salle de María Ruth, institutrice de 52 ans. «Enseignante depuis 25 ans et ravie!»
Les élèves sont en «primero basico», l’équivalent du CP.

Ecouter l’ambiance dans la classe de María Ruth.

« – …Allez, on recommence tout ! … 1,2,3…
Mains en haut!
- Main, main, main!
- Mains en bas…
- Main, main, main!
- Un, deux, trois,
A droite…
- Main, main, main…
- La droite est par-là! Attention, c’est avec cette main-là que j’écris…
A droite…
- Un, deux, trois!
- A gauche…
- Un, deux, trois! … »

Dans la classe de María Ruth, c’est un peu le désordre. Même beaucoup.  María Teresa sautille dans tous les sens. Marco garde son bonnet et mange en cachette. Omar se balade et chante à tue-tête.
Les élèves ont du mal à se concentrer, mais à force de chants, poèmes et rappels à l’ordre, l’institutrice capte leur attention. Souvent pour quelques minutes seulement…

Mais, même si les élèves sont plus difficiles dans une école municipale comme celle-là, c’est là que María Ruth préfère travailler:

María Ruth Guzman, institutrice depuis 25 ans, est fière de ses élèves.

Ecouter les explications de María Ruth.

«- Ici, les enfants ont plus de créativité. Ils sont plus éveillés, plus vivants. Même s’ils ont souvent beaucoup de problèmes chez eux… Quand on sait les stimuler, ils donnent ce qu’ils ont en eux. Et ce sont de très bonnes choses…
- Quels problèmes ont-ils chez eux?
- Souvent, la maman travaille toute la journée. Ils passent beaucoup de temps seuls. Beaucoup de familles ne sont pas bien constituées. Les parents sont séparés et fâchés, alors il n’y a qu’une grand-mère pour élever les enfants par exemple. Et les enfants finissent par intégrer les croyances des grands-mères !
Ils arrivent à l’école avec tout ça… Mais, quand on sait l’exploiter, on arrive à les sortir de l’eau.
- Ils ont l’air fatigués ce matin…
- Oui, ils ont du mal à 8 heures. Ils sont probablement restés tard devant la télé hier soir, alors le matin c’est dur… C’est pour ça que je les envoie toujours prendre le petit-déjeuner avant de commencer la classe. Pas la peine qu’ils viennent s’ils n’ont pas déjeuné. Parce que sans petit-déjeuner, ils n’ont pas d’énergie, pas de dynamisme.»

La majorité des élèves de l’école de Luis vient de familles pauvres. Tous ne déjeunent pas chez eux alors, tous les matins et tous les soirs, ils ont droit à un grand verre de lait avec des tartines ou des biscuits. Ils déjeunent aussi le midi à l’école.

Dans le réfectoire, les élèves font la queue pour recevoir leur petit-déjeuner. Soit avant 8 heures. Soit à la récréation du matin. A droite, Franco.

Ecouter Franco qui explique en quoi consiste la collation du matin.

 » – L’un d’entre vous peut me raconter ce que vous êtes en train de manger?
- Oui moi! On boit du jus de pomme et on mange des gros biscuits… Parfois, ils nous donnent des yahourts aussi.
-Du pain…
-Oui, du pain avec de la confiture aussi… et parfois ils donnent des yahourts avec des céréales. »

Nalleli, très concentrée.Deux élèves de la classe de María Ruth.

Sur 26 élèves de la classe de María Ruth, 21 savent lire. A deux mois de la fin du CP. L’institutrice est fière d’eux. «Les autres sont des élèves qui suivent un programme d’intégration», me dit-elle. Comme Javiera et Juan. Plus en difficultés, les deux enfants sont suivis par une pédo-psychologue et un orthophoniste. Ils vivent dans ce quartier d’Arica contaminé au plomb et à l’arsenic. «Je crois que ça doit avoir un impact négatif sur leurs capacités intellectuelles», commente María Ruth.

Javiera recopie les mots contenant le son [gu].D'abord timide et silencieuse, Javiera finit par m'accepter comme voisine de classe.

Bien appliquée, Javiera recopie les mots avec [Gu] sur son cahier.

Pendant ce temps, la classe continue. Ce matin, on apprend à reconnaître le son [gu] en lisant et chantant un poème. Omar, Nalleli, María Teresa et les autres chantent, crient et suivent plus ou moins attentivement les leçons de María Ruth. J’essaye de me faire toute petite mais c’est raté. Les enfants repèrent mon appareil photo. Et envahissent ma table d’écolier  de questions.

«Tu es qui ? C’est vrai que tu es française ? En France, vous parlez français, pas vrai? Dis –moi un mot en français…» Et Angelo de lancer, mort de rire: «La France, c’est là où il y a plein de fromages!»

Me voilà baptisée: la tía* Fromages.

Angelo.Maria Teresa et Carmina.

Je range mon attirail. Ils se mettent à chanter. J’observe ces petits yeux pétillants et ces personnalités dispersées et attachantes.
María Ruth continue sa leçon.
« - Et quelle était la passion de Christophe Colomb ? …
– Naviguer !
- Et comment s’appellent ses bateaux ? ….»

Soudain Omar, bruyant et vif, se lève. Il me colle un bisou sur chaque joue.
Bienvenue à l’école D-21. Bienvenue dans le bazar de la vie.

Carmina, Maria Teresa et Omar, tout à droite.

———————————————————————————————————————————————————-

*Tante, tati, nom donné aux femmes qui s’occupent des enfants.

26/10/2009

2 Réponses pour “A l’école avec Omar, Nallelli et María Teresa”

  1. Redigé par ghislaine:

    entendre parler les enfants, se faire leur porte-parole… bien vu Lulu, bien senti l’atmosphère, les messages passent
    merci aussi pour les infos plus généralistes sur le mode de fonctionnement du système éducatif. Instructif.

  2. Redigé par cynthia:

    Ça me rappelle quelque chose tous ces bambins !